Soi-même

Il avait prévenu : « quand je danse, je ne suis plus moi-même ». En un sens, il avait sans doute voulu dire que quand il danse il sourit et que de tout il se fiche. Non, il n’était pas un de ceux qui profitent et s’emparent de l’espace de l’autre. Lui il dansait à petits pas, en contorsionnant le haut de son …

Clair-obscur

Il y a une clarté presque injuste dans le mouvement qui se joue. Cela aurait dû être une métaphore mais c’était plus que cela, c’était vrai. Aussi vrai que lorsque quelqu’un sourit en secouant la tête et riant de lui-même : « je le savais ». « Au fond de moi je le savais ».

Dans la foule

Les effluves, comme le mot, s’échappent. Comme un fantôme qui s’invite sans permission. L’indécence n’est pas qu’humaine. L’incandescence, est-ce même réel ? Ces odeurs comme des taches qui ne partent pas, tatouage olfactif. Cela fut sans préambule. Ce n’était pas, et puis c’était.  Comme une maison repeinte pendant la nuit. Au réveil, le rêve persiste et se précise, les solvants sentent, …

Miroir

Il y a ceux que la vie vous propulse comme si de force ils allaient entrer dans la vôtre. Il a les expulsés, ceux que la vie éloigne inéluctablement, malgré vos ou leurs efforts pour se débattre et nager à contre courant, courageux dans l’acte désespéré. Et il y a ceux que vous ne cesserez de rater. Comme deux lignes …

Senteur

Quand il le sent, de tous ses pores dans les siens, il le tient tout contre lui. Pas maladroitement, sans le retenir, simplement en le tenant. Il le laisse s’imprégner comme il ouvrirait une fenêtre vue sur la mer, rien qu’un instant, pour y laisser entrer l’air, le sel, l’ébouriffement des cheveux des rafales invisibles. Il absorbe les embruns, assoiffé et pourtant …

Voix-là

Il ne se présentera pas. D’ailleurs il refusera qu’on le présente. Certains diront qu’il est arrogant, d’autres comprendront. Chaque jour il a un « rendez-vous d’écriture », comme il l’appelle. Une lettre d’amour à soi-même. Une par jour. Une déclaration à qui il est. Et chaque jour, il est un autre que la veille. Alors à quoi bon la peine de s’attacher …

Samouraï

Il marche la tête droite, le regard horizontal qui traverse sans voir. Sans sourire, sans signe d’inclinaison. Seul ; parfois accompagné d’une sacoche en cuir lourde et épaisse qu’il entoure de son bras et maintient serrée contre son flan en attendant le train. En haut du building il baisse les yeux, évite de les croiser avec quiconque; il est concentré sur …

Fourre-tout

Un commentaire observateur : « La nature a horreur du vide ». Alors ils remplissent, ils récupèrent, ils accumulent, ils entassent, ils stockent, ils gardent, ils conservent – Tout. Ils donnent sans le vouloir l’impression sans doute vraie que rien n’est propre – en mal d’hygiène. Tout est commencé, rien n’est terminé. La déstructuration à son point culminant. L’illusion de construire par l’accumulation. …

S’élève

Sur le rebord d’une table, son museau humide qui regarde en l’air et les yeux qui implorent. Attablé, un amateur éclairé de brocantes travaillant dans l’hôtellerie. Il râpe des carottes pendant que le joint se consume en cuisine au dessus de la salade de fruit en préparation d’où s’élève une voix rocailleuse mangée par la fumée. Le tout dans un …