17

Surplombant une tige en métal que l’on pose sur la table, un numéro: le 17. N’être qu’un numéro, celui d’une table. Puis quelqu’un retire le numéro et n’être plus personne, ou bien la personne qui doit libérer la table pour le prochain numéro.

A droite, un autre numéro, celui d’une dinde. La vingtaine, des chaines de chez Tiffany  collection « collier pour chien » enroulées de part et d’autres, des mocassins imprimés léopard aux pieds de deux poteaux moulés dans un short en jean. Le tout s’accompagnant du légendaire sac Chanel.

De son air  pintade elle lâche : « si je veux un mec, c’est pas un problème ». En face, il est blond, un brin arrogant mais pas moins charmant. Il prend un air surpris et interrogateur : Ah oui ?… Vraisemblablement l’évidence ne l’avait pas frappé, mais elle la reçoit de plein fouet – on peut voir des plumes voler.

A gauche, un poussin de trois-quatre ans. Elle a du brownie plein la bouche et rit à gorge déployée en cherchant de l’attention. Personne ? Non. Pas de candidat pour s’extasier devant les mauvaises manières. Libération de la table, laissant derrière la basse court et ceux faisant la cour.

Etape suivante, un café-librairie. Il y a un sous- sol et un étage et demi, un rez-de-chaussée aussi. Entre le premier et le second niveau, au coin d’une longue table en bois et la section des crimes, une cheminée murale, deux fauteuils et une petite table ronde avec pour plateau un vieux cadran d’horloge qui dit : « Café de la tour ».

Avec le thé et le chocolat chaud cela fera un total de neuf dollars, tout rond. Bras qui se tend par-dessus la caisse et le comptoir ; au bout du bras une tige en métal ; au bout de la tige un métal,  un numéro : 17. Quoi d’autre.

Un étage et demi plus haut, une dame s’assoit au bout de la longue table, comme on préside un diner royal. Plus tard elle pleurera, sans qu’au 17 Café de la tour on sache pourquoi.

Mais déjà l’heure tourne, le 17 a disparu, ne reste qu’une table à libérer. Minuit a sonné.